« Aux côtés des 3 piliers du développement que sont la démocratie, l’éducation et les infrastructures, la microfinance est de plus en plus considérée comme un instrument clé pour la mise en place de stratégies efficaces de lutte durable contre la pauvreté"
- Jacques Attali, Président de PlaNet Finance -
La microfinance se définit par l'offre de services financiers (épargne, crédit, assurance, etc.), à destination des plus pauvres. Elle s'adresse à des personnes à faible revenu, n'ayant pas accès aux institutions financières classiques et sans activité salariée régulière.
Aujourd'hui, la microfinance touche 150 millions de personnes dans le monde, servies par plus de 10 000 Institutions de Microfinance (coopératives, ONG, banques de microfinance.) ou banques commerciales. On estime à 500 millions le nombre de personnes toujours en attente de financement.
La Microfinance, outil efficace de lutte contre la pauvrete
La proportion de la population mondiale vivant avec moins de 1$ par jour a diminué de 40% à 21% au cours des décennies 80-90. En Chine, le PIB par habitant a été multiplié par cinq depuis 1981 et le pourcentage de personnes vivant dans un état de pauvreté absolue est passé de 64 à 17%.
Au total, d'ici dix ans, le nombre de personnes vivant avec moins d'un dollar par jour sera passé de 1,3 milliard à 913 millions.
Malgré cette évolution en apparence positive, en Afrique sub-saharienne, le nombre de personnes très pauvres ne cesse d'augmenter et devrait atteindre 400 millions en 2015. Dans 40 ans, si les tendances actuelles se poursuivent, près de la moitié de la population mondiale, soit environ 4 milliards d'individus, devrait survivre avec moins de deux dollars par jour.
Les prêts aux 66,6 millions de clients de la microfinance parmi les plus pauvres des pauvres se répercutent sur un total de 333 millions de personnes, soit l'équivalent de la population de Grande-Bretagne, de la France, de l'Allemagne, de l'Italie, de l'Espagne, des Pays-Bas, de la Suisse et de la Norvège combinés.
La déclaration, par l'ONU, d'une Année Internationale du Microcrédit en 2005, dans le cadre des Objectifs de Développement du Millénaire (ODM) pour la réduction de la pauvreté, a été pour le secteur un gage de reconnaissance de son action et de son impact.
Il a été démontré que le microcrédit a un impact positif sur le niveau des profits, des investissements et sur l'accès aux marchés au niveau macroéconomique. Au niveau du ménage, le microcrédit a un impact positif sur les dépenses de consommation. Enfin au niveau individuel, le microcrédit permet une meilleure considération du conjoint et des enfants. (Etude effectuée par PlaNet Finance au Maroc en 2004)
En contact permanent avec leur clients, les institutions de microfinance ont à leur disposition des structures qui facilitent la diffusion de services qui apportent une valeur ajoutée à la microfinance, en leur associant la promotion de bonnes pratiques en matière de santé, d'éducation et d'environnement.
LES ACTEURS DE LA MICROFINANCE
- Les Institutions de Microfinance (IMF) sont les structures qui proposent les services et produits de microfinance aux populations concernées. Elles sont de multiples formes : coopératives d'épargne et de crédit, ONG, programmes mis en place par des institutions internationales, institutions de microfinance régulées, banques de microfinance...
- Les Banques Commerciales soutiennent des opérations de microfinance soit indirectement, en appuyant des IMF existantes par un soutien financier ou une prise de participation, soit directement, en créant une filiale ou une offre de produits / services de microfinance (le downscaling).
- Les Véhicules d'Investissement en Microfinance participent au financement du secteur. On en recense plus de 75 dans le monde.
- Les Gouvernements et Collectivités Locales sont impliqués dans le développement de la microfinance, par la définition de cadres légaux adaptés et de stratégies nationales de développement durable avec un volet microfinance, puis par l'accompagnement des Banques Centrales, des ministères et collectivités locales.
- Les Compagnies d'Assurances assurent les IMF et leurs portefeuilles et distribuent des produits de microassurance via les réseaux d'IMF.
FONCTIONNEMENT DE LA MICROFINANCE
Les méthodologies de prêts :
Les deux modèles de prêts les plus répandus sont les microprêts solidaires (ou groupés) et les contrats individuels.
Les contrats individuels sont des prêts se rapprochant le plus des prêts classiques : une personne reçoit une certaine somme d'argent et doit la rembourser souvent dans des délais relativement courts (quelques semaines ou quelques mois) en prenant en compte les intérêts. Le montant du prêt est généralement supérieur à ceux des prêts solidaires.
Les microprêts solidaires sont accordés à un groupe de personnes solidaires pour le remboursement du prêt. Les défauts de paiement individuels (liés à une maladie ou à "une mauvaise semaine") sont ainsi évités et la pression du groupe est une incitation forte qui freine l'aléa moral.
Les taux d'intérêt
Le principe même de la microfinance, qui consiste à sortir de l'assistanat en donnant aux individus les moyens de s'autofinancer, implique l'application de taux d'intérêts sur les emprunts.
Le montant des crédits étant faible et les fréquences de remboursement rapides (souvent hebdomadaires), les montants à rembourser sont abordables par les clients, surtout compte-tenu de la productivité de leurs activités génératrices de revenus :
"une étude réalisée en République dominicaine, en Colombie et au Chili a montré, par exemple, que même un taux d'intérêt mensuel de 6 % ne représentait que de 0,4- à 3,4 % des frais d'exploitation d'un microentrepreneur (...) Les travaux de recherche menés en Inde, au Kenya et aux Philippines ont montré que le taux annuel moyen du rendement de l'investissement dans des microentreprises pouvait aller de 117 à 847 %."
Les taux d'intérêt des institutions de microfinance sont élevés car les IMF accordent beaucoup de prêts de faibles montants que les banques traditionnelles, avec une méthodologie rigoureuse induisant des coûts d'opération et de traitement plus importants.
Les taux d'intérêt doivent couvrir : le coût des fonds qui doivent être rétrocédés, le coût associé au risque de non-remboursement et les frais administratifs et de traitement des microcrédits (temps passé à sélectionner puis accompagner le client, traitement des demandes de financement, collecte des remboursements...) On estime que les frais d'exploitation représentent 25 % du montant moyen du portefeuille d'une IMF, alors qu'en Inde, par exemple, les banques commerciales affichent des frais d'exploitation de l'ordre de 5 à 7 % de l'encours de leurs prêts.
En revanche, si un microcrédit coûte beaucoup plus cher qu'un crédit "traditionnel", les agents de crédit des IMF semblent beaucoup plus productifs : dans les IMF viables, un agent de crédit gère en moyenne 359 microenprunteurs, selon le Microfinance Information Exchange (MIX).
Les taux d'intérêt sont fonctions :
- de la réglementation locale sur le plafonnement des taux d'intérêt,
- des frais liés aux activités de microfinance,
- du positionnement de l'institution (IMF à vocation sociale ou commerciale),
- des technologies ou innovations permettant à l'IMF d'accroître sa productivité pour réduire ses coûts de fonctionnement.